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Diaspora Figures | Franketienne
Franketienne
Source: http://www.franketienne.com/
Frankétienne
was born on April 12, 1936 at the center part of Haiti, in Artibonite.
Poet, playwright, novelist, he published more
than thirty titles, in French and Creole. Teacher and principal,
he is also comedian, painter and founder - along with Philoctète
and Jean-Claude Fignolé - of the Spiraliste movement.
Franckétienne had obtained in 2005:
"Grand Prix du Livre Insulaire de Ouessant"
Franck étienne publishes under the name
Frankétienne since the publication of Ultravocal (1972),
Franketienne (orthography haïtienne) since Bobomasouri (1984).
French
Source: http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/franketienne.html
Enseignant, chanteur, comédien, dramaturge,
écrivain et peintre, Frankétienne (alias Franketienne
ou Franketyèn), de son vrai nom Franck Étienne, est
né le 12 avril 1936 dans une section rurale de l'Artibonite,
suite, dit-il, au « viol d'une paysanne haïtienne de
treize ans par un vieil industriel américain ». Cette
scène primitive, qui est d'abord récit pour l'enfant
presque blanc élevé sans connaître son père
dans un milieu populaire noir, deviendra le motif principal d'un
de ses livres les plus achevés, H'Éros-Chimères
(Prix Carbet 2002), un énorme « roman familial »
de 350 pages de format 8,5 x 11 pouces. Complètement éclaté
dans sa forme – où images (peintures, copy art), jeux
de caractères (typo-poésie) et calligraphies se combinent
pour faire de chaque page un objet d'art que Frankétienne
nomme « spirale » comme la plupart de ses textes non
dramatiques depuis Ultravocal (1972) –, cette œuvre limite
est aussi le récit des déchirures d'une société
minée par une gangrène populiste autoritaire et obscurantiste
qui a conduit, en l'année de son bicentenaire, le pays haïtien
au fond d'un gouffre que préfiguraient déjà,
jusqu'à un certain point, L'oiseau schizophone (1993) et
la série picturale des « Têtes » (1999-2000).
Accroché obstinément à son
bout d'île qu'il a refusé de quitter même pour
un court séjour durant les années Duvalier, et qu'il
refuse encore de quitter trop longtemps, malgré les sollicitations
nombreuses et la furie des exodes, publiant régulièrement
(depuis quarante ans) dans les deux langues des traditions littéraires
haïtiennes, jouissant d'une large audience nationale, plus
qu'aucun autre, Frankétienne est écrivain haïtien.
Créateur nocturne (écrivant et peignant la nuit) :
sismographe de la trop longue nuit duvaliérienne, et de l'interminable
décente aux enfers lavalassiens, chacune de ses grandes œuvres
est profondément ancrée dans l'histoire contemporaine
haïtienne. Chacune témoignant, malgré l'homme
ou l'écrivain qui se veut avant tout créateur, d'un
moment de la « conscience nationale ».
Ultravocal (1972) : le vertige de l'errance sans
fin ni finalité, le pays habité par « le mal
majeur » forçant ses enfants à l'exode massif
sans espoir ni désir de retour. Qu'on se rappelle cette scène
tragique de Mûr à crever (1968) : chassés des
Bahamas, quatre Haïtiens, sur le bateau du retour, se jettent
à l'eau, se livrant aux requins de la mer caraïbe plutôt
que de revoir l'enfer duvaliériste. Mais Ultravocal, c'est
d'abord l'aventure du langage, un travail inouï sur la langue
française qui fait de ce livre, de 415 pages, un monument
de littérature d'expression française dont la réédition
en 2004 (par Hoëbeke à Paris) est acclamée par
la presse française toute tendance confondue, du Monde au
Figaro en passant par Lire et L'Humanité.
Tourmenté comme il l'est, Frankétienne
ne pouvait se dérober à l'urgence d'une aventure au
cœur de la langue haïtienne, sa maternelle. En 1975, il
publie le premier roman haïtien, au sens fort du terme : Dézafi
(réédité en France par Vents d'ailleurs en
2002). Plus qu'une révélation : au-delà des
mots, Frankétienne, caisse de résonance des maux de
la Nation, visionnaire (il se dit plutôt « miraculé
», faisant allusion à sa traversée sans prison
ni tortures de la dictature duvaliériste, expression qui
lui inspire également en 2004 le titre de la spirale, Miraculeuse),
écrivait, dix ans avant, la chute du régime jean-claudiste
en 1986 : la résurrection par le sel de la bande des zombis.
Mais entre le désespoir sans borne d'Ultravocal
et le réveil brutal de Dézafi, il y a le passage obligé
par l'insoutenable exil : Pèlin-Tèt (1978). Cette
exemplaire adaptation, en mémoire de Franck Fouché,
de Les Émigrés de Mroëk, qui a connu un
succès sans précédent dans l'histoire du théâtre
contemporain haïtien, tant en Haïti qu'à l'étranger,
consacra définitivement Frankétienne, écrivain
national. Ce premier contact réel avec les diverses couches
des populations haïtiennes du dedans et du dehors porte Frankétienne
à investir de plus en plus le mode dramatique. Ainsi, après
une fructueuses collaboration avec Jean-Pierre Bernay, pour la mise
en scène de Bobomasouri (1984), Kaselezo (1985) et Totolomanwèl
(1987), Frankétienne passe sur la scène pour diriger
et jouer Totolomanwèl – dans une version à un
comédien (1990) et dont il fait un vidéo (1996) –
puis Kalibofobo (1988, 1997), Pèlentèt – d'où
il tire également un vidéo (2000) –, jusqu'à
Foukifoura (2000), œuvre pour un comédien qui lui assure
une entrée remarquée au off d'Avignon en 2004.
À partir de Kaselezo, cette attente interminable
de deux femmes d'un enfant qui n'arrive pas à naître
depuis trop longtemps, son théâtre, fortement influencé
par celui de Beckett, notamment son Godot, est avant tout une synthèse
de réflexion de l'artiste face l'absurdité du monde
et les misères haïtiennes. Ce théâtre auto-réflexif,
plutôt monologique – même dans les pièces
à plus d'un personnage – bien que novateur sur les
plans langagier et thématique, s'inscrit (notamment par la
mise en scène) dans une tradition dramatique haïtienne
qui remonte au-delà des années 1960 avec la légendaire
figure de Languichatte de Théodore Beaubrun (1919-1998),
lui assurant ainsi un immense succès national.
Depuis, cette large audience populaire, tant au
pays que dans la diaspora, s'est doublée d'une encore plus
grande dans les milieux intellectuels haïtiens et étrangers.
C'est ainsi qu'en 1979, le magazine français Demain l'Afrique
lui consacre quatre pages ; en 1982, Marie-Michèle Amédée
présente un mémoire de maîtrise à l'Université
de Montréal sur Dézafi ; Kaselezo est présentée
à Beaubourg (Paris) en 1986 et, en 1987, au Festival de théâtre
des Amériques à Montréal ; cette même
année la revue Dérives (Montréal) consacre
un numéro spécial à Frankétienne. Dézafi
occupe une place fondatrice pour la nouvelle génération
de la « créolité » martiniquaise (voir
Lettres créoles, 1991) ; en 1997, Pèlin-Tèt
est jouée dans une traduction anglaise, The Noose, au New
Immigrant Theatre Festival de New York, puis elle est rééditée
en 2002 dans la nouvelle orthographe haïtienne par The Institute
of Haitian Studies (University of Kansas) ; en 1998, un premier
livre, L'Oiseau schizophone, est réédité à
Paris par Jean-Michel Place qui reprendra en 2000 Les Affres d'un
défi ; et enfin les éditions Vents d'Ailleurs reprennent
en huit volumes Les Métamorphoses de l'Oiseau schizophone
(2004-2005). Avec le XXIe siècle l'œuvre de Frankétienne
fait son entrée dans le discours académique anglo-américain,
avec des mémoires et thèses qui lui sont entièrement
ou partiellement consacrés ; on trouve une entrée
importante sur la vie et l'œuvre de Frankétienne dans
l'encyclopédie, France and the Americas: Culture, Politics,
History (2005) ; et un numéro spécial de la revue
Callaloo consacrée à Frankétienne paraîtra
en 2005.
Voilà grossièrement le portrait
de l'écrivain et de l'artiste, non de l'homme, auquel le
Musée d'art haïtien du Collège Saint-Pierre rend
hommage en 2004 avec une grande exposition – Franketienne:
Entre ténèbres et lumière – de ses vingt
fresques sur la révolution haïtienne. ÉTIENNE,
Franck devenu Frankétienne, avec la publication de Ultravocal,
puis Franketienne avec Bobomasouri (1984), ou Franketyèn
avec la réédition américaine de son Pèlentèt
(2002): haïtianisant encore plus son nom – l'orthographiant
selon la nouvelle graphie haïtienne, tout en renouant avec
l'écriture française, donc conservant également
l'orthographe première, ou tout simplement oscillant sans
cesse dans le tumulte de ses pulsions, comme en témoigne
sa spirale bilingue dite « francréolophonique »,
Voix marassas (1998), en quête d'un nom (propre) lui permettant
d'accéder à la signature.
Quoi qu'il en soit, ÉTIENNE, Franck, Frankétienne,
Franketienne ou Franketyèn – co-fondateur à
la fin des années 1960 avec René Philoctète
et Jean-Claude Fignolé du mouvement spiraliste, largement
inspiré, entre autres, du nouveau roman français et
de l'expérience joycienne – pour plusieurs critiques,
aujourd'hui, à l'égal des Dos Passos, des Césaire,
des Carpentier, des Naipaul, est un de ces géants qui ont
marqué et marqueront les littératures américaines.
Polygraphe, l'un des rares à écrire avec force et
bonheur dans deux grandes langues littéraires caribéennes:
le français et l'haïtien. Il a su trouver dans différentes
formes d'expressions populaires haïtiennes la source vive de
nouvelles esthétiques, tout à fait modernes et actuelles,
dont Ultravocal (1972), Dézafi (1975), Kaselezo (1985 / 1987),
L'Oiseau schizophone (1993) et H'Éros-Chimères (2002)
sont exemplaires.
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